Disc rayé, petites chaussures fripées, vêtements déchirés et démodés, mannequins dénudés, photos décolorées, souvenirs dégradés, livres poussiéreux, plancher en lambeau, lumière désorientée, vieille TV cours circuitée. Je suis assise au beau milieu de ce vieux grenier.
Mes plus beaux sourires sont des épaisseurs entières de poussière et tes mots les plus délicats sont enfouis dans les caisses du voyage, tout un amas.
Quand notre monde devient sombre et que la lune était la seule que je voyais, quand le ciel que nous contemplions se détord, s'étiole et tombe.
J'ai le sentiment d'avoir perdu l'air de notre mélodie du bonheur, elle ne raisonne plus en moi. Avons-nous perdu la partition ? Les notes filent entre les lignes que nous n'interprétons plus. Je n'ai pas la prétention de m'imposer en chef d'orchestre, cette cacophonie me monte aux yeux. La baguette tombe, le son se fond dans le silence d'après. Non pas d'applaudissements, l'échec.
Mes doigts ne caressent plus les ondes de tes paroles. Avons-nous perdu la partition ?
Sauter les étapes, quand tu lâches ma main, mon monde se fige, il attend ton retour. Tu ne reviendras pas.
Les sons se sensibilisent et perçoivent la moindre vibration, celle des notes de « Mad World » raisonner sous le clavier, celle de ton silence, celle d'une larme qui s'écroule dans le creux de mes lèvres.
Je ne veux pas demain, je veux cesser d'être maintenant alors cette fois je m'assoie sur une branche d'étoile et secoue mes guiboles dans le vide, j'appuie mes mains sur le rebord, prête à sauter à pieds joints dans la flaque de la liberté. Plutôt envie de prendre mon élan, la langue pleine de réflexion et de motivation étirée sur mes fossettes, sauter les bras en l'air et le geste désordonné de planètes en planètes. Je veux sentir le froissement de mon t-shirt converse dans l'air LIBRE et mon ventre se nouer de peur de l'inconnu.
Faire valser mes baskets sur le sol de la lune, faire danser ces particules de poussière, les mêmes que mon grenier. Donner un sens au désordre.
Dormir sur ce hamac de croissant de lune, une jambe en mouvement. Je suis la désinvolture de zebbie. Je sais qu'après ce soir, le mouvement du pollen me chassera pour redescendre sur terre, de là je filerai sur le boulevard Foch la nuit avant de rentrer comme je l'ai souvent fait. Le vent dans les jambes et le fou rire au bord des lèvres. Je pourrai faire ricocher de la fraise Tagada sur les courants de ma vie, tant que je garde la banane et que le rouleau de réglisse déroule le tapis noir.
L'heure ne tourne plus, ou est-ce moi qui ne tourne pas rond ? Tu ne seras jamais à moi, seulement un petit toi, un petit roi dont je ne saurai jamais me contenter et quand la nuit reviendra...je rêverai de rejouer notre partition. Piquer les pattes des notes, les tordre, les mâchouiller. Courir devant en sentant que tu es lancé à ma poursuite, les bras grand ouverts. Je veux encore buller avec toi sur les marches de Victor Hugo quitte à en sauter quelques unes. Continuer à faire des index d'honneur, ça ou l'inverse.
« Un jour je deviendra grand », non je ne veux pas être effrayé par tes distances, reste près de moi.
Je connais chaque trait du plafond et motifs de la moquette. Je n'entends plus, seulement ta voie, quelques notes sont plus aigues que les autres. Rien de plus bizarre que dans le fait que mes lacets s'effilochent, que le chocolat fassent des miettes, que mon stylo enivre d'encre mon plus beau devoir, que la lumière se ferme ou s'éteigne, que mon pantalon se retrouve flottant sur mes chevilles, que je me retrouve enfermée dehors, que je me retrouve enfermée dedans, que ma porte claque, que le soleil tombe, que je saute sur les carrés marron du carrelage, que mes scratch s'entremêlent, que je reçoive des pokes, que les filles montrent leurs seins aux arrêts de tram, que mon PC fasse des écrans bleus, que ton statut demeure hors ligne, que mon portable reste éteint, que ma main est encore seule à se balader dans les airs.




France